Conseil de lecture Septembre 2013

COUPLE, SEXUALITE et SOCIETE

Réjean TREMBLAY

Le couple contemporain est à la recherche d’une nouvelle identité affective et sexuelle » nous dit Réjean Temblay. Dans son ouvrage, il nous propose d’aborder les questions qui ont trait à la sexualité du couple et qui remettent en cause les valeurs fondamentales qui sous-tendent nos comportements sexuels. L’auteur mettra en lumière les différents systèmes thérapeutiques et de pensées qui se sont développés autour de « la plainte sexuelle », puis nous guidera dans la triangulation du couple, de la société et de la sexualité. Enfin seront abordés successivement le mythe de l’éjaculation précoce, le désir et le plaisir féminin, ainsi que sa version au masculin, les relations sexuelles au sein du couple et en dehors du couple.

En sexothérapie on s’efforce de « comprendre » le couple et où il en est. Le couple est « historiquement » en mutation à la recherche d’un idéal, les transformations des rapports entre homme et femme tendent à modifier sans cesse les rôles sexuels, les stéréotypes et les représentations : la femme s’émancipe, elle devient indépendante, travaille, maîtrise sa sexualité et la fécondité, elle est valorisée, l’autorité et la place de l’homme sont revisitées, il est notamment moins attaché à l’expression de sa virilité, exprime plus de sensibilité et est probablement fragilisé. L’individu change donc, et la société se transforme et transforme les rapports hommes-femmes, et les relations dans le couple. Réjean Tremblay parle d’un combat qui s’installe entre ces changements et nos représentations ancrées et souvent simplistes du couple. De ce combat débouche inéluctablement des tensions dans le couple. Au début de la rencontre l’amour va transcender les différences puis ces différences feront obstacles, l’amour, même si il est toujours présent ne suffit plus à effacer le mythe du prince charmant et de la princesse qui a permis l’inconditionnelle rencontre. La courbe de l’amour est directement liée à la courbe des tensions. Les positions individuelles tendent à se durcir, et la volonté de contrôler la pensée, les attitudes et les comportements du conjoint s’explique par notre difficulté d’être à l’écoute de l’autre et elle est fondée sur notre désir inconscient de revenir à la période « très charmante » de notre représentation enfantine de la vie à deux. Les objectifs et les principes de changement en sexothérapie seront fonction de l’évolution générale du couple. Sortir de l’impasse c’est appendre à communiquer, à désarmer les conflits et notamment identifier et à parer les 6 mécanismes qui mènent inévitablement à la dispute : le refus systématique des suggestions du conjoint, le mutisme, le négativisme, le passé, la fuite, la tension. C’est un travail aidé par le thérapeute, il est souvent long et fastidieux mais condition préalable indispensable pour induire un changement. Mais les ingrédients de base à l’instauration de nouvelles bases de communication et donc au changement sont l’existence du sentiment amoureux, la motivation des parties, la patiente, l’autonomisation, la complicité. Car entendons bien que la difficulté à communiquer en général interagit avec les difficultés de communication sexuelle, les troubles sexuels suscitent des tensions, les tensions déclenchent et entretiennent des troubles sexuels, et les tensions graves interdisent toute complicité. Pour Réjean Tremblay l’élimination des troubles sexuels met en évidence les troubles de communication et prive parfois le couple d’un moyen commode d’éviter de faire face à ces autres raisons de se disputer. Nos a priori sociaux sur la vie de couple et sa sexualité sont à l’origine des mésententes conjugales et sexuelles.

Visitons maintenant le mythe de l’éjaculation précoce : la capacité à maintenir une érection suffisante est une des plus grandes préoccupations de l’homme. Pas d’étiologie physiologique ou socio-économique type n’est repérée. Pas non plus de définition qui satisfasse les spécialistes ou les patients… tant la notion de virilité de performance et de capacité à donner du plaisir au partenaire sont en jeu. C’est déjà en dire de la difficulté à appréhender cette problématique… En consultation nombre d’hypothèses concernant l’origine du trouble peuvent être avancées du côté du patient, de la partenaire, et du sexologue : on évoquera l’origine médicale, toxique, la nature de la relation, le rôle du partenaire, le contexte psychique…Toute ces pistes méritent d’être explorées, mais reste que ce problème entraîne dans le couple une réelle souffrance. Pour l’homme c’est véritablement le test de sa virilité, et l’homme se dévalorisera surtout à partir de l’interprétation du vécu sexuel féminin. Culpabilité et dévalorisation peuvent avoir des conséquences désastreuses sur la vie affective (ex. des ados lors d’une première expérience négative..). Du côté de la femme on retrouve beaucoup de compréhension, peu de culpabilité dirigée vers le partenaire, le doute peut être orienté vers la propre capacité orgasmique… Le couple lui même va être mis a mal du fait de la difficulté à communiquer sur la sexualité, et de l’absence de repère en matière de connaissance sexuelle. Face à cette souffrance individuelle (celle de l’homme ou de la femme) ou celle du couple il y a recherche d’aide… mais vers qui se tourner ? L’urologue, le gynécologue, le généraliste, le psychologue, le sexologue (mais lequel ??) et quelle méthode pourra être proposée : les méthodes dites de « grand-mère », les thérapies d’apprentissage : corporelle, l’hypnose, thérapie musicale, approche analytique, thérapie chimique…. L’auteur nous incite à nous poser les questions suivantes : que guérit-on ? A force de travailler à maîtriser la durée de l’érection beaucoup de couples en arrivent à ne plus rechercher la poésie du plaisir… Qui guérit quoi ? Toutes les méthodes présentées sont d’après leurs auteurs des plus efficaces… Il se pourrait aussi qu’un thérapeute chaleureux et compréhensif soit suffisant … Quoi qu’il en soit et de façon récurrente lorsqu’on aborde l’éjaculation précoce tout le discours génital et performant réapparait… Réjean Tremblay propose quant à lui la mise en place du mythe du plaisir rapide chez l’homme loin du vieux modèle de la sexualité reproduction ! Pourquoi le plaisir rapide ne pourrait-il pas devenir une conception de la sexualité, loin des normes et des conceptions des rôles d’homme et de femme. Dans ces conditions il faudrait conduire une nouvelle démarche thérapeutique, un processus d’élimination du syndrome socio pathologique du plaisir rapide chez l’homme, qui consiste à : informer le couple sur leur anatomie et leur physiologie sexuelle différentielle, dégénitaliser les rapports sexuels, établir des rapports sexuels égalitaires soit en aidant l’homme à ne plus se contrôler, soit en aidant la femme à accepter son droit au plaisir et à le rechercher. En résumé la prise en charge de l’éjaculation précoce consiste à établir des relations sexuelles égalitaires qui éliminent l’idée de simultanéité, de responsabilité et de génitalité, c’est essentiellement la difficulté à obtenir des relations sexuelles satisfaisantes au sein d’une communication affective entre deux partenaires. Pour l’auteur le plaisir trop rapide n’existe pas … c’est un mythe !!

Et que dire de la frigidité … cette dysfonction sexuelle versant féminin, a trait à la vaginalité et englobe le désir et le plaisir. De nos jours en consultation revient le questionnement autour du plaisir et de la norme. Pour être plus précis dans son travail l’auteur traitera « l’anorgasmie coïtale ». Il faut bien noter qu’aborder l’orgasme féminin fait appel ou rappel à des représentations qui ont la vie dure : le plaisir de l’homme omniprésent, celui de la femme méconnu, le vagin perçu comme sale, voire pornographique, la confusion née d’une mauvaise connaissance entre orgasme vaginal et clitoridien, le premier semblant hors de portée pour beaucoup et du coup culpabilisant pour la femme elle-même (perte de confiance) ou pour l’homme qui en porterait la responsabilité. Développer l’idée de vaginalité c’est passer par l’érotisation de son vagin, « le comprendre », construire le désir de la pénétration, développer son intériorité … passer d’une vision négative et simpliste du rapport coïtal à une intériorité complexe et épanouissante. Il s’agit d’apprendre à érotiser son vagin et d’acquérir une symbolique sexuelle dans un contexte de relation et communication érotique bien entendu ! On peut donc penser que la vaginalité est aussi une question d’éducation et d’information.

On ne peut parler de sexualité sans parler du désir sexuel et nous l’avons bien compris, c’est un ingrédient indispensable dans une relation épanouissante du couple. L’homme est considéré comme le « moteur » du désir sexuel. Il est important de distinguer l’intérêt du désir. L’intérêt pour la sexualité varie d’une personne à l’autre tout au long de la vie (évènements, maladie, âge…). Plus l’individu est fragile sur ses bases sexuelles plus il est susceptible de perdre son intérêt pour la sexualité. Intérêt et désir sont cependant intimement liés : la fragilité de l’intérêt sexuel repose sur la précocité des débuts des rapports sexuels, la fréquence de l’activité sexuelle, la capacité psychologique d’affronter les difficultés de la vie, la qualité de la relation amoureuse, etc.… Le désir sexuel pour le partenaire évolue. L’intérêt sexuel demeure, mais le désir s’estompe. Il s’efface et fait disparaître l’intérêt. Le manque de désir sexuel a été maintes fois étudié, ce qui est nouveau et potentiellement générateur d’inquiétude c’est le manque de désir chez l’homme (perte de son rôle de dominant, libération sexuelle de la femme, rapports égalitaires…) D’un côté comme de l’autre les inévitables variations du désir sexuel dans un couple sont source de conflit avec le spectre de la rupture, l’obligation du coït malgré l’absence de désir, la réciprocité quasi-obligatoire du désir sexuel. Prenons donc du recul par rapport au désir, et considérons le un instant comme un partage, une attitude d’accueillir le désir de l’autre mais sans obligation de réciprocité, l’homme comme la femme ne devant pas se sentir coupable de son « non-désir » et même l’accepter.

Pour terminer l’auteur abordera l’épineuse problématique des relations extraconjugales. La sexualité sert et a toujours servi de contrôle social, de renforcement des normes et de morale. Les relations sexuelles à l’extérieur du couple restent l’une des principales causes de l’éclatement du couple, la difficulté de la thérapie et du thérapeute résidant dans la nécessité de ne pas moraliser ou politiser dans l’accompagnement du couple. Peut-on trouver l’origine d’un désir « adultérien » dans le développement dit normal de l’attrait sexuel dans l’enfance puis dans l’imaginaire érotique à l’adolescence aboutissant à « un désir paradoxal », qui du fait des changements sociaux et des conflits et de la routine du couple pourraient laisser place à une relation extraconjugale ? La relation extraconjugale ayant pour conséquence soit une thérapie, soit un nouveau couple soit le célibat. Il est vrai que le désir fait partie de notre éducation tout comme le contrôle qui s’exerce même sur les pensées adultériennes ! Même si la transformation des institutions va de pair avec la diminution du contrôle social il faut reconnaître que l’interdit adultérien est bien souvent intériorisé en nous. En thérapie « il faut traiter le contenu et non la forme », le thérapeute examine les raisons de fond qui entraînent la souffrance, et pour cela faire disparaître l’exclusivité est un objectif indispensable, et permettre aux couples de choisir une forme de « fidélité ». L’exclusivité agit comme une sorte de thermomètre nous dit Réjean Tremblay de la qualité de la relation dans le couple et de la « fragilité » de l’un ou de l’autre des partenaires et du couple lui-même. Sibony nous dit « le chagrin d’amour fait partie de l’amour, le pire traumatisme c’est quand rien ne vous arrive »… comprendre et accepter les mouvements du désir dans le couple c’est pouvoir y faire face et les surmonter.


Haut de page | Accueil | ContactPlan du site | Espace privé | Informations légales | Liens | Aide

    

Association Couples et Familles Ardèche - 4 place Saint Michel - 07100 ANNONAY

Tél. : 04 75 67 91 92 - Fax : 04 75 67 91 92

Antennes : Annonay - Tournon-sur-Rhône - Privas